Justine L’Heureux et Philippe Riopel : le futur du patinage de vitesse au Canada

Article de Jolanda Abbes - Avec des patineurs de vitesse très talentueux comme Cindy Klassen et Jeremy Wotherspoon, et une nouvelle génération qui fait déjà bien parler d’elle avec des patineurs comme Christine Nesbitt et Denny Morrison, il semble que le Canada a bien des espoirs quant aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010. Il semble cependant qu’il y ait déjà une autre génération plus jeune encore, prête à cogner à la porte, groupe dont font partie Justine L’Heureux et Philippe Riopel, qui en ont impresionné plus d’un aux Championnats du monde junior en février dernier.

Avec les prochains Jeux olympiques d’hiver à Vancouver, il ne semble pas y avoir de fin à la lignée de nouveaux patineurs de vitesse canadiens remplis de talent. Après plusieurs années pendant lesquelles une poignée de Canadiens ont joué un rôle important sur la scène internationale, maintenant que 2010 se rapproche, de plus en plus de patineurs de vitesse du Canada sont en mesure de patiner au niveau nécessaire pour avoir une chance de décrocher une médaille. En plus de ces jeunes patineurs, des vedettes bien connues comme Cindy Klassen et Jeremy Wotherspoon, qui ont tous deux pris du temps pour eux après les Jeux olympiques de Turin, ont déjà fait leur retour à la compétition, ou prévoient le faire sous peu. Le présent n’est pas seul à être prometteur; le futur du patinage de vitesse longue piste au Canada semble très brillant, avec de jeunes patineurs talentueux qui pourraient déjà avoir le potentiel de se qualifier pour Vancouver 2010. Rencontrez Philippe Riopel et Justine L’Heureux, tous deux âgés de 18 ans, et qui espèrent bien suivre les traces de Wotherspoon et Klassen.

Même si leurs noms ne veulent encore rien dire pour bien des gens, Riopel et L’Heureux ont connu une excellente saison 2006-07. Riopel en est très satisfait, lui qui a connu de bonnes courses sur 500m et 1500m aux Championnats du monde junior, pour terminer 4e au total de la compétition. Il a également réussi un record junior sur 500m lors de la compétition finale tenue à l’Anneau olympique en mars dernier. Patinage de vitesse Canada a reconnu ses réussites en juin dernier, lui remettant le “Prix de la relève – longue piste” lors du banquet de son assemblée générale annuelle. « Au banquet de PVC, j’ai été reconnu comme une étoile montante au pays, » a expliqué Riopel. « Je ne m’y attendais pas du tout, puisque personne ne m’en avait parlé et que je n’étais même pas au courant que cette catégorie existait, donc j’ai été très surpris. Ça veut dire beaucoup pour moi que Patinage de vitesse Canada reconnaisse les bons résultats que j’ai obtenus la saison dernière. J’espère connaître une meilleure saison encore en 2007-08, parce que je ne pense pas que je puisse recevoir ce prix deux années de suite! »

Au sujet de ses succès de la dernière saison, Riopel a dit: « Je suis très satisfait de ma saison. Après les premières courses de la saison, je voulais être dans les cinq premiers aux Championnats du monde junior. Une fois sur place, j’ai réalisé que le top trois n’était pas impossible. Je l’ai raté de 0,06 points seulement, ce qui me fait repenser beaucoup à comment j’ai patiné au cours de la fin de semaine. Je pense que j’ai beaucoup appris au cours de la saison, et je ne regrette pas du tout mon choix d’être déménagé à Calgary et d’avoir arrêté le patinage courte piste. J’ai déjà très hâte à la saison prochaine! »

L’Heureux a des sentiments plus mitigés: « C’était une année d’apprentissage, à la fois en patinage de vitesse et mentalement. Ça n’a pas été une année facile. J’ai connu plusieurs mauvaises courses et compétitions, mais j’ai essayé de rester positive et de garder les yeux bien fixés sur mon objectif de la saison, soit de prendre part aux Championnats du monde junior. Ça a été ma meilleure compétition de la saison, donc j’étais contente. » L’Heureux a terminé 8e au total à cette rencontre, améliorant ses résultats de façon importante par rapport à la saison précédente.

Mais comment ces deux athlètes du Québec sont-ils devenus des patineurs longue piste et était-ce un coup de foudre ou ont-ils essayé d’autres sports? L’Heureux a commencé à patiner très jeune : elle a pris ses premiers cours alors qu’elle avait à peine quatre ans. « Jusqu’à il y a trois ans, je faisais à la fois du patinage courte et longue piste, puis j’ai décidé de laisser tomber le courte piste. J’ai fait de la gymnastique et du soccer quand j’étais très jeune, puis de la course à pieds pendant mon secondaire. J’ai arrêté la compétition il y a deux étés. » En plus du patinage de vitesse, L’Heureux prend part à des compétitions de cyclisme sur route dans sa saison morte. « Plusieurs de mes amis patineurs le faisaient l’été, alors j’ai décidé d’essayer une compétition. Il y a deux ans, quand j’ai arrêté la course à pied, j’ai fait quelques compétitions en tant qu’entraînement. Mais je n’ai pas fait de compétitions l’année dernière. »

Riopel a débuté le patinage de vitesse à huit ans. « Je voulais jouer au hockey, comme tous les autres enfants font au Canada, mais je ne savais pas patiner. Ma mère a décidé de me mettre au patinage de vitesse pour que j’apprenne à patiner, et après la première saison, j’ai décidé de continuer à patiner puisque j’avais trouvé mon nouvel amour. J’ai joué au baseball et au soccer un peu quand j’étais plus jeune, mais rien de sérieux, juste pour le plaisir. »

Malgré le fait qu’ils sont au tout début de ce qui, espérons-le, sera une excellente carrière de patinage de vitesse, L’Heureux et Riopel peuvent déjà tous deux énumérer de grandes réussites qu’ils ont eues. « Les faits saillants de ma carrière à date seraient ma deuxième place sur 500m et mes deux quatrièmes places, sur 1500m et au total, aux Championnats du monde junior cette année, » explique Riopel. « Je suis allée aux Championnats du monde junior et j’ai amélioré mes résultats, » dit pour sa part L’Heureux. « Je suis donc contente de ça. J’étais également heureuse de me qualifier pour l’équipe des Coupe du monde. »

Peu importe la longueur d’une carrière, il semble toujours y avoir une chose au moins que l’athlète aimerait oublier. Heureusement, Riopel est encore capable de rire de ce moment : « Ce que j’aimerais oublier, c’est la Poursuite par équipe des Championnats du monde junior en Autriche. Haha, la finale était plutôt mauvaise… Nous avons à peine réussi à nous classer pour la finale B pour les 3e et 4e positions. En finale, j’ai été laissé derrière et nos échanges étaients mal faits. Les Coréens nous ont battus et nous avons fini quatrièmes. » Pour L’Heureux, il y a du positif même dans ses moins bonnes performances: « C’est difficile de dire ce que j’aimerais oublier! Peut-être certains de mes 3000m de cette année qui n’étaient pas super bons. Mais je pense que je dois avoir une mauvaise course une fois de temps en temps si je veux en avoir des bonnes. Comme ça, je ne peux vraiment oublier les mauvaises courses, mais je peux apprendre grâce à elles et m’améliorer. »

Quand on lui demande quelles distances il préfère, Riopel a de la difficulté à choisir. « C’est difficile de répondre à cette question puisque j’aime toutes les distances, mais si je devais choisir, je pense que ce serait entre le 500m et le 5000m. Je sais, c’est une grosse différence! Mais le 500m me rappelle le courte piste, que j’ai arrêté cette année. Pour le 5000m, j’aime ça parce que c’est comme une bataille avec la douleur. Si tu es plus fort que la douleur, c’est une bonne course. » L’Heureux est encore plus déchirée lorsqu’on lui pose la question. « J’aime le 1000m, le 1500m et le 3000m. Je ne peux pas choisir entre ces trois-là, parce que je patine toujours les trois. J’aime le 1000m parce que c’est à grande vitesse, mais tu as également besoin d’endurance, le 1500m parce que c’est très intense, et le 3000m parce que c’est long et tu peux essayer différentes tactiques et stratégies pour chaque course. »

Est-ce que leurs distances favories sont celles dans lesquelles ils performent le mieux? « Si je regarde mes résultats au Championnat canadien par distances individuelles, je dirais que mes meilleures distances sont le 1000m et le 500m. J’ai terminé 5e sur 1000m, obtenant un poste sur l’équipe pour la Coupe du monde de sprint de Heerenveen, mais j’ai décidé de ne pas y aller pour me concentrer sur les Championnats du monde junior qui étaient quelques semaines plus tard. J’ai aussi terminé 5e sur 500m et je détiens les records canadiens junior sur ces deux distances, » explique Riopel. L’Heureux, pour sa part, dit que « l’année dernière, j’aurais dit que j’étais meilleure sur 3000m, mais maintenant mon 1500m est plutôt bon, donc ces deux distances sont proches. Mais je pense que je dirais le 3000m quand même! »

L’Heureux et Riopel ont tous deux participé aux Championnats du monde junior en Autriche cette année, et ils en sont satisfaits, eux qui se sont classés huitième et quatrième au total respectivement, et qui se sont classés dans les dix premiers de chaque distance. L’Heureux explique : « Mon 500m était ok, j’ai fait quelques erreurs, mais ce n’était pas si mal. Mon 1500m et mon 1000m étaient mes meilleures courses. Je me sentais bien et forte. Peut-être mes deux meilleures courses de l’année. Mais je n’étais pas très bonne sur 3000m, mon temps était trop lent. Au total, je voulais battre ma 14e place de l’année dernière, ce que j’ai fait, et j’étais très contente. Peut-être que j’aurais pu mieux faire avec un bon 3000m, mais je suis satisfaite. »

Quand on parle à Riopel de son expérience en Autriche, il devient très volubile et raconte tout en détail: « Sur 500m, j’étais avec Mike Plummer des EU. J’ai connu un très bon départ, et sur le droit, je me suis enligné juste dernière lui pour avoir le plus d’aspiration possible, puis j’ai tout donné dans le dernier virage. J’ai terminé deuxième derrière le champion de l’an dernier à Erfurt, Tae-Bum Mo. Ça m’a donné beaucoup de confiance pour le reste de la compétition. Dans le 3000m, je patinais avec mon coéquipier Jordan Belchos. La course était plutôt bonne, mais je me sentais très fatigué dans les deux derniers tours, et Jordan s’est échappé en avant de moi. Il a terminé quatrième, et moi neuvième. Le jour suivant, c’était le 1500m le matin. La glace était très mauvaise: la moitié qui était exposée au soleil était couverte d’eau et de poussière qui était amenée par le vent. Quand je suis arrivé sur la ligne de départ, j’avais l’impression que mes patins n’étaient pas aiguisés alors que je les avais aiguisés tout juste avant la course. J’ai fini par terminer quatrième, malgré des problèmes avec l’intérieur de mes lames. Après cette course-là, j’étais deuxième au total, 0,77 points derrière Sjoerd de Vries. J’étais avec mon autre coéquipier Vincent Blouin pour le 5000m et dans le même groupe que Sjoerd, et je savais qu’il me fallait une bonne course, mais après quelques tours seulement, j’avais l’impression de n’avoir plus de puissance dans les jambes. Je ne sais pourquoi, mais je n’étais pas capable de combattre la douleur. Avec deux tours à faire, Sjoerd m’a dépassé et a remporté le championnat, pendant que mon entraîneur me criait que j’avais encore une chance de grimper sur le podium. Il aurait fallu que je sois 0.60 secondes plus rapide pour être troisième au total. Mais je pense que j’ai plus appris de cette façon. Que ce n’est pas parce que je connais une mauvaise course que tout est fini. »

Avec les prochains Jeux olympiques d’hiver à Vancouver, il est évident que tous les patineurs de vitesse du Canada voudront se qualifier pour l’événement. Que font Riopel et L’Heureux en attendant, quels sseront leurs objectifs, et croient-ils qu’ils ont une chance de se qualifier pour Vancouver 2010? Pour les années à venir, un chemin a été tracé, même s’il peut être difficile de prédire ce qui se passera puisqu’ils sont tous deux si jeune. Cependant, ils sont tous deux très clairs lorsqu’ils parlent de leurs buts pour la prochaine saison. L’Heureux espère améliorer ses résultats aux Championnats du monde junior et travaillera sur sa technique pour atteindre cet objectif. Pour ce qui est de Riopel, « l’année prochaine, j’aimerais beaucoup me qualifier pour participer aux Coupes du monde de l’automne sur 1000m, question de gagner de l’expérience en Coupe du monde. Et puisque c’est ma dernière année chez les junior, j’aimerais rapporter le titre de Champion du monde junior au Canada, » explique-t-il.

Si ces objectifs sont atteints, qu’est-ce qui viendra après? Se concentreront-ils sur les compétitions toutes distances ou sur des distances individuel es? Et en cas de concentration sur des distances individuelles, lesquelles? « Je ne sais pas encore, c’est dur à dire quand tu es encore junior, » de dire Riopel. « Mais j’aime vraiment patiner les sprint et distances moyennes, même si le 5000m ne me dérange pas. Mais puisque je n’ai jamais patiné un 10 000m encore, je pourrais changer d’idée. » L’Heureux, pour sa part, dit qu’elle « veut me concentrer sur toutes les distances. Mais je veux aussi travailler ma vitesse et sur mes stratégies pour les longues distances dans les années à venir. »

Pour le moment, il semble que l’équipe de patinage de vitesse longue piste sera très forte en 2010, et il sera probablement très difficile pour la majorité des patineurs de se tailler un poste au sein de l’équipe Olympique. L’Heureux et Riopel feront tout de même tout en leur possible pour se qualifier. « Ce sera difficile de se qualifier parce que la compétition sera très forte, » explique L’Heureux. « Mais je vais définitivement essayer et je verrai comment ça ira! » Pour Riopel, « Vancouver 2010 est comme un rêve. Ce serait mes premiers Olympiques et ce serait ici au Canada, ce serait génial! Mais on verra comment ça ira après l’année prochaine, quand je serai senior. »

Riopel et L’Heureux semblent faire partie d’un brillant avenir qui se dessine pour le patinage de vitesse au Canada, et la fin de saison de Riopel laisse croire qu’il y a encore bien des succès à venir. Lors des dernières courses à l’Anneau olympique de Calgary, il a réussi un meilleur temps personnel et un record canadien junior sur 500m, en 35.81 secondes. « C’était la fin de la saison et j’étais fatigué. Mais je savais que la glace serait rapide, alors j’ai décidé d’y aller et d’avoir du plaisir. J’ai eu la chance de patiner contre des patineurs expérimentés comme Simon Kuipers et Beorn Nijenhuis, et ils m’ont beaucoup aidé à avoir ce meilleur temps personnel quand j’ai patiné avec eux. »

Avec une année encore chez les junior, L’Heureux et Riopel sont presque prêts à faire leur entrée chez les senior et à commencer à patiner dans les compétitions senior. Ensuite, seul le temps pourra dire s’ils seront capables de remplir les souliers de Klassen et Wotherspoon…

Meilleurs temps personnels

Justine L’Heureux:
500m: 40.45
1000m : 1:18.24
1500m: 2:00.11
3000m: 4:12.75

Philippe Riopel:
500m: 35.81
1000m: 1:09.36
1500m: 1:47.9
3000m: 3:48.2
5000m: 6:38.4